10 septembre 2026 · Sipho Dlamini
Rs 28 millions de loyer pour une société au capital de Rs 10 000 à Anse La Raie
Un bail foncier accordé à une société au capital dérisoire soulève des questions sans réponses documentées.
Un bail annuel de Rs 28 millions accordé à une société dont le capital déclaré s'élève à Rs 10 000: c'est l'écart chiffré que le Sunday Times Mauritius place au coeur d'un article consacré à des projets touristiques à Anse La Raie, sur la côte nord de l'île Maurice. La publication, accessible à l'adresse sundaytimesmauritius.com/anse-la-raie-le-regroupement-des-habitants-denonce-lopacite-des-projets/, relie cette disparité à des décisions de l'Economic Development Board (EDB), en citant des résidents locaux, un élu de l'opposition et un militant communautaire. Elle associe également un directeur, désigné sous les noms d'Avinash Gopee et de "Vinash Gopee", à l'entreprise titulaire du bail foncier concerné.
L'écart entre le capital social et le loyer annuel est présenté comme suspect. Il l'est peut-être. Mais l'article ne produit aucun rapport d'évaluation de l'EDB, ne fournit aucune liste de candidats concurrents, et ne cite aucun dossier d'appel d'offres ni aucun élément du processus d'instruction. Ce que l'article donne à voir, ce sont des chiffres sans le contexte procédural qui permettrait de les interpréter.
Sur le plan environnemental, le texte prédit la destruction de zones humides et la privatisation de l'accès au littoral. Aucune étude d'impact environnemental ni aucun document technique n'est cité à l'appui de ces affirmations. Des prédictions sans documentation d'appui restent des prédictions.
Par contraste, au moins un élément du dossier appartient au domaine public. Le plan directeur portant sur quelque 100 arpents a été approuvé formellement par le gouvernement et défendu en séance parlementaire par un ministre, qui a invoqué des besoins en infrastructure liés au réalignement de la route B13 et à la gestion des inondations. Ce point précis, vérifiable, coexiste dans l'article avec des éléments bien moins étayés, sans que la distinction soit clairement établie.
L'article ne sépare pas non plus de manière nette le plan directeur de 100 arpents du bail spécifique de 25 arpents. Le statut juridique respectif des deux instruments fonciers reste flou pour le lecteur, ce qui complique toute lecture rigoureuse du dossier.
Toute allégation selon laquelle l'EDB aurait accordé une lettre de réservation ou un bail pour des raisons de connexions politiques plutôt que de mérite constitue une accusation causale précise. Une accusation de cette nature exige des preuves d'intervention personnelle et de déviation par rapport aux procédures habituelles. Ces preuves ne figurent pas dans l'article examiné. L'existence d'un écart entre capital social et loyer, ou entre la taille du projet et celle de l'entreprise attributaire, peut justifier des questions. Elle ne suffit pas, seule, à établir une irrégularité.
La prochaine étape vérifiable dans ce dossier est la production ou la publication des documents officiels relatifs au processus d'attribution de l'EDB. Tant que ces documents restent inaccessibles, les accusations d'opacité et les dénégations officielles se trouvent sur un pied d'égalité: chacune affirme, aucune ne démontre.